VRAI/FAUX sur la 5G ? Toutes les idées reçues revues par les experts
18 octobre 2019

Analyse

VRAI/FAUX sur la 5G ? Toutes les idées reçues revues par les experts

Il y a aujourd’hui tellement de dires autour de la 5G qu’il est difficile d’identifier le vrai du faux. Bien que l’exercice soit difficile et risqué tant les questions couvrent des domaines d’expertises différents : nous avons tout de même cherché à répondre aux questions les plus fréquemment posées.

 

Une solution pour les zones non fibrées ?

Les premiers usages commerciaux qui ont été faits de la 5G aux Etats Unis et en Asie tournent autour du FWA (Fix Wireless Access), c’est-à-dire donner une connectivité haut débit aux bâtiments et immeubles pour les entreprises et les particuliers. Cet état de fait semble donc confirmer que la 5G pourra être une solution pour les zones non fibrées.

Pour autant, la France s’est déjà essayée à la connectivité haut débit résidentielle par des technologies sans fil au travers du WiMAX (Worldwide Interoperability for Microwave Access). S’il y a bien eu quelques déploiements réalisés, cela n’a jamais été généralisé et aujourd’hui la technologie WiMAX est en train de disparaitre. Il y a peu de chance que la 5G disparaisse, mais cela ne lui garantit pas non plus d’être utilisée pour les zones non fibrées en France. En effet, pour pouvoir apporter du très haut débit, la 5G doit s’appuyer en particulier sur les bandes millimétriques (bande de fréquence dans les 26GHz) qui ont une portée de propagation courte (de l’ordre du km) et traverse très mal les obstacles. En l’occurrence, utiliser la 5G nécessitera donc une densification forte des antennes. Il faudra donc que les opérateurs soient autorisés à les déployer sur des points hauts, ce qui est aujourd’hui un vrai challenge administratif et financier.

 

Une voie pour la télémédecine ?

A la différence de la 4G qui est très orientée grand public, la 5G vient avec de vraies promesses pour les professionnels.

La 5G se caractérise par trois acronymes un peu « barbares » :

·       eMBB (enhanced Mobile BroadBand) qui promet de l’ultra haut débit mobile

·       MMTC (massive Machine Type Communication) qui permet de connecter massivement des objets (IoT)

·       Urllc (ultra Reliable Low Latency Communication) qui exprime une très faible latence.

Les caractéristiques eMBB et uRLLC sont les deux points différenciateurs pour la télémédecine. En effet, l’apport d’encore plus de débit face à ce que l’on connait déjà va permettre l’utilisation de flux vidéo très haute définition (4K ou 8K par exemple). Ainsi le médecin distant pourra parfaitement échanger avec son patient via la vidéo et surtout observer de près des symptômes visuels. Cela étant dit, la palpation et la convivialité à distance restent des challenges à relever.

Toujours dans le domaine de la médecine, la 5G peut aussi être une voie pour les opérations chirurgicales, dans le cas où aucun expert n’est présent sur place (par exemple un SAMU diagnostiquant un geste opératoire d’urgence qui ne peut attendre le retour à l’hôpital). Le critère le plus important est l’uRLLC (même si l’eMBB reste très important pour la vidéo). En effet, la latence exprime le temps que met l’information pour parcourir tout le chemin entre le terminal connecté en 5G et l’équipement à l’autre bout qui exploite la donnée. Dans le cas de d’une opération, le terminal serait un robot « singe » positionné au niveau du patient (avec scalpel, seringue, etc.) et l’équipement serait un autre robot manipulé par le chirurgien, le robot « singe » répliquant exactement les gestes du robot du médecin. Si l’information n’est pas fournie en temps réel, ce qui est promis par la 5G, le temps que le chirurgien reçoive l’information du positionnement de son scalpel, il aura effectué une incision  sur son patient  plus importante que nécessaire. C’est un peu comme lorsque l’on voit au loin une personne utiliser une enclume et que le son du choc arrive que quelques secondes après l’image : la 5G devrait assurer que le son et l’image arrive en même temps.

 

Un outil d’espionnage ?

Il est très difficile de se prononcer car beaucoup de paramètres sont à prendre en compte dans cette histoire d’espionnage qui concerne principalement une célèbre entreprise Chinoise.

La crainte est qu’un constructeur (celui qui fabrique les équipements d’infrastructure 5G)  crée une backdoor dans leur solution dans le but de récupérer des informations sur les équipements déployés sans en avertir le propriétaire (l’opérateur). Ce qui inquiète de nombreux pays comme les États Unis, c’est le lien très proche qui pourrait exister entre l’entreprise et l’État Chinois. L’entreprise en question faisant partie des leaders chez les constructeurs d’équipements 5G.

A ce jour, aucune preuve n’a pu être apportée sur les mauvaises intentions du constructeur Chinois. Quoiqu’il en soit, l’entreprise cherche à rassurer ses détracteurs en ouvrant ses portes et en s’engageant sur sa transparence. Derrière tout cela se joue aussi une guerre économique.

Concernant la France, Emmanuel Macron a exprimé un positionnement différent de celui des Américains : en expliquant que notre perspective n’est pas de bloquer une entreprise ou une autre, mais de préserver notre sécurité nationale et la souveraineté européenne. . Le gouvernement propose donc de renforcer les contrôles sur les choix technologiques d’équipements des opérateurs.

Tous les moyens devraient donc être mis en place pour que la Chine ne puisse pas nous espionner, si elle en avait l’intention.

 

Date de lancement ?

La commercialisation de la 5G ne se fait pas au même instant dans tous les pays du monde. Par exemple, la 5G est déjà commercialisée en Asie (depuis le 5 avril 2019), aux États Unis (dans une vingtaine de villes) et en Suisse pour citer un pays plus proche du notre géographiquement.

En France, l’attribution des licences n’est pas prévue avant la fin de l’année 2019. Il est de plus évident qu’il faudra un peu de temps aux opérateurs pour déployer les infrastructures nécessaires à leur exploitation. Cela étant dit, l’Europe a de fortes ambitions pour ne pas prendre de retard : le 14 septembre 2016, la Commission européenne avait lancé son « 5G Action Plan » qui fixait une roadmap claire avec pour but :

·       Le lancement des déploiements commerciaux généralisés d’ici la fin de 2020

·       Toujours en 2020 ; avoir au moins une grande ville dans chaque pays d’Europe équipée de cette dernière génération mobile

·       Avoir une couverture, à l’horizon 2025, de tous les centres urbains, les autoroutes et les voies ferrées à grande vitesse.

Plus récemment, Agnès Pannier-Runacher, secrétaire D’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, prévoyait que « la 5G arrivera sur le marché en 2022-2023″.

 

Un danger pour la santé ?

Les risques sanitaires de la 5G s’inscrivent dans la continuité du débat existant autour des dangers de la 3G/4G. En effet, les risques de ces technologies viennent des ondes qui sont utilisées pour faire transiter les données et des conséquences qu’elles peuvent avoir sur l’Homme (endommager les tissues biologiques par chauffage, classement cancérogènes « possibles »). Ce risque est accentué avec la 5G car à la différence de la 4G ou les ondes se propagent partout comme un énorme parapluie déployé et touchent tout le monde, les antennes 5G ciblent précisément les propriétaires des terminaux compatibles.

Une autre spécificité de la 5G est l’utilisation d’un nouveau type d’ondes en plus de celles déjà utilisées en 3G/4G (comprises entre 800MHz et 2600MHz). Elles se trouvent dans la bande de fréquence dite millimétrique, c’est-à-dire dans les 26GHz. Leurs propriétés diffèrent et leurs impacts sont sûrement moins étudiés.

Il faut savoir que ces effets sanitaires sont surveillés de près par différentes autorités dont l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). S’ajoute à cela que « Les limites d’exposition aux champs électromagnétiques sont fixées par le cadre réglementaire et s’appliquent indépendamment de la technologie (2G, 3G, 4G ou 5G) ». Ces limites sont fixées bien en-dessous des seuils identifiés pouvant être nocifs pour la santé et contrôlés par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et l’Agence nationale des fréquences (ANFR).

A ce jour, rien n’a encore pu être prouvé sur les dangers que peuvent avoir ces ondes dans les conditions ou elles sont autorisées à être utilisées (comme la limitation de la puissance d’émission, le temps d’exposition, etc.). Ainsi l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) estime « qu’il n’apparaît pas fondé, sur une base sanitaire, de proposer de nouvelles valeurs limites d’exposition pour la population générale ».

 

Les opérateurs ne sont pas prêts ?

Si des opérateurs étrangers sont prêts, qu’en est-il des opérateurs Français ? Il ne fait  aucun doute que ces derniers y travaillent, d’autant plus qu’une première échéance arrive très prochainement : l’ARCEP doit lancer les enchères pour la mise à disposition des licences pour la fin de l’année 2019.

Une fois les licences achetées, il va falloir déployer les équipements. Pour ceux qui ont récemment déployé leur infrastructure, une mise à jour des systèmes actifs pourrait suffire. Cependant, pour augmenter de façon significative le débit apporté aux clients, il faut déployer un grand nombre de nouvelles antennes pour émettre et capter les ondes millimétriques. C’est aujourd’hui une vraie difficulté pour les opérateurs en administration et en coûts.

A côté de cela, les constructeurs (i.e. les fabricants d’équipements d’infrastructure 5G) eux-mêmes travaillent encore sur la 5G. En effet, si l’organisme de normalisation de la 5G (3GPP) a déjà mis à disposition des spécifications, celles qui permettront de réelles avancées viennent tout juste de paraitre (release 15-SA, fin 2018) tandis que d’autres évolutions majeures sont toujours en cours de spécification (release 16, sept 2020). Il va donc falloir un peu de temps avant que toutes les spécifications 5G soient développées et intégrées dans les équipements en production. Il faut donc se méfier lorsqu’on entend parler de 5G. D’ailleurs les plus honnêtes parlent de 4.5G ou de 4.9G : c’est l’intégration d’éléments de spécification de la 5G dans la 4G, rendant cette dernière plus puissante mais pas autant que sera la 5G complète.

Ainsi la 5G disponible aujourd’hui ne sera pas la même que celle qui sera effective en 2025.

Il faut aussi des terminaux pour utiliser la 5G, ces derniers arrivent tout juste sur le marché Européen et ils sont souvent jumelés avec un écran pliable. Cela démontre qu’ils restent encore réservés à une minorité.

 

La fin du Wifi ?

La fin du Wifi parait peu probable, plusieurs données structurantes vont dans ce sens :

·       Le Wifi s’appuie sur des bandes de fréquences libres (en 2,4GHz et 5GHz). Cela veut dire qu’aucune licence/coût ni est associé, impliquant  moins de frais pour l’utilisateur final.

·       Le Wifi, comme la 4G, voit sa norme évoluer. Sa dernière version, le 802.11ax aussi appelé Wi-Fi 6, a été mise en service courant 2018. Elle se rapproche un peu plus des spécifications du réseau mobile, promet plus de débit, plus de stabilité, une plus longue portée…

·       Le Wifi est aujourd’hui présent partout (dans les gares, les aéroports, les centres commerciaux, chez soi, dans les rues, etc. Nous sommes donc habitués à l’utiliser et

S’ajoute à cela que le cas d’usage prépondérant du Wifi est la couverture indoor, délaissé à ce jour par les opérateurs mobiles, aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels. La 5G a cependant des arguments pour concurrencer une partie du Wifi pro (le Wifi sur lequel s’appuie les entreprises pour fournir de la connectivité à ses salariés afin de faire transiter des informations professionnelles). En effet, elle vient avec des promesses de qualité de service (concept du slicing) dont les entreprises ont besoin (concepts qu’elles connaissent sous des noms différents tels que « bande passante », « latence », « TOS » ou encore « VPN »). S’ajoute à cela que l’ARCEP (Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes) souhaite que les opérateurs détenteurs de licences 5G apportent de vraies offres aux entreprises.

Cependant, l’intérêt pour un opérateur mobile d’aller couvrir en 5G un espace d’accueil, l’intérieur d’un immeuble HQE (Haute Qualité Environnementale) de particuliers ou tout autres espaces des PME/ETI semble peu pertinent. En revanche, les grandes entreprises ayant des campus, des immeubles entiers ou encore les grands lieux accueillant du public pourraient bénéficier de cette technologie.

 

Cela devrait cependant prendre du temps car les opérateurs auront d’autres priorités à court terme ; seule la sous-traitance de la gestion des infrastructures ou l’apparition d’opérateurs spécialisés pourraient accélérer l’adoption de la 5G au détriment du Wi-Fi Pro.


Jérémie PAPPO
Jérémie PAPPO

Responsable innovation

Jérémie PAPPO est Responsable Innovation chez Hub One. Le sport et la technologie sont ses principaux centres d’intérêts. Ancien handballeur de compétition, ce sport est selon lui, un bon moyen de se dépenser et d’aller au-delà de ses limites. De nature curieux, il aime découvrir de nouveaux objets. L’idéal pour lui étant de pouvoir expérimenter toutes ces nouvelles découvertes une fois avoir compris leurs fonctionnements. Son gadget préféré ? Sa montre connectée. Convaincu des progrès en termes de nouvelles technologies, il espère prochainement, en dénicher un nouveau dont il sera encore plus addict !

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