Télécoms : et si le Brexit ne changeait rien ?

5 septembre 2016

Analyse

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Le Brexit est une décision lourde de conséquences dans de nombreux domaines économiques. En matière de télécoms, pas de panique ! Il ne devrait pas vraiment bouleverser la donne, car tout le monde aurait à y perdre. Et concrètement, les Britanniques pourront tout à fait continuer à bénéficier du cadre règlementaire en vigueur dans l’UE une fois leur sortie effectuée.

Appelés à voter lors d’un référendum crucial le 23 juin dernier, les électeurs britanniques se sont prononcés en majorité pour que le Royaume-Uni sorte de l’Union européenne. Tous les observateurs cherchent maintenant  à mesurer l’impact à venir de ce fameux Brexit (pour Britain Exit). S’il est beaucoup plus complexe et technique que ce que le grand public imaginait, il ne devrait pas bouleverser le milieu des télécoms pour une raison simple : les réglementations sont devenues tellement mondiales et uniformisées qu’il semble difficile, et surtout contre-productif de faire marche arrière.

Prenons l’exemple du roaming, c’est-à-dire des frais d’itinérance facturés par les opérateurs téléphoniques lorsque des appels sont passés (ou des SMS envoyés) depuis un pays étranger. Véritable manne financière pendant des années, ces frais ont été encadrés par l’Union Européenne, et viennent d’être de nouveaux réduits en juin 2016 (avec un plafond à 5 centimes d’euro la minute d’appel) ; ces frais seront même totalement supprimés le 15 juin 2017. Un Brexit téléphonique irait contre le sens de l’histoire : la remontée des prix ne serait pas acceptée par les consommateurs, et serait handicapante pour la circulation des touristes et des business men. Et les Britanniques devraient détricoter tous les accords actuels, pour en créer de nouveaux. On imagine mal les opérateurs et acteurs du marché des télécoms s’enthousiasmer pour de telles procédures, lourdes à mettre en place et coûteuses.

D’autant qu’une parade existe pour le Royaume-Uni. Actuellement, la réglementation des télécoms en Europe concerne les 28 pays membres, ainsi que l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein.  Rien n’interdit donc aux Britanniques de rester dans cet ensemble baptisé Espace Economique Européen, où les principales directives de l’UE font foi, et dont l’application permet de travailler sans coutures et sans contraintes.

Les différents opérateurs téléphoniques français grand public n’ont d’ailleurs pas l’air très inquiets des possibles conséquences du Brexit. Si le Royaume Uni sort de l’UE, ses habitants auront toujours besoin de communiquer, et les entreprises d’échanger des données, dans un cadre harmonisé.  Personne n’aurait quelque chose à gagner dans une révolution du fonctionnement actuel.

L’électrochoc que provoque le Brexit pourrait même inciter l’Europe à favoriser la constitution de champions européens des télécoms, dans un paysage encore très morcelé, ou Orange, Vodafone, et autre Telefonica pèsent peu devant leurs homologues américains ou chinois. De nombreuses voix poussent dans ce sens, et l’Europe va probablement avancer vers une intégration plus grande. Le plus difficile sera probablement de gérer la période transitoire, car pour le moment le Royaume-Uni est toujours membre à part entière des 28.

Les Britanniques ont d’ailleurs décidé de prendre leur temps pour sortir de l’UE, puisque la nouvelle première ministre Theresa May ne devrait pas entamer la procédure officielle de sortie avant 2017…  Histoire d’attendre la fin définitive du roaming ?

 

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Bertrand LAURIOZ
Bertrand LAURIOZ

Directeur BU Télécom

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