Le service de transport de point à point
Publish: 12 février 2016 Et si c'était...

Le service de transport de point à point

Lundi 7 janvier 2030, 5h58.

Les haut-parleurs incrustés dans le faux-plafond de la chambre s’allument automatiquement. Je me réveille avec le point météo diffusé sur ma Web radio préférée. Il fera chaud aujourd’hui, avec des risques d’orage sur les reliefs et des vents violents sur les côtes en soirée. Encore une année sans neige, pensé-je en m’étirant.

J’enfile une chemise, puis brosse mon costume, en écoutant d’une oreille distraite le flash info de six heures. Bonne nouvelle : la croissance de cette année frôlera les deux chiffres grâce au dynamisme des technologies numériques made in France. Une coupure de courant a pu être évitée de justesse cette nuit à Londres ; un employé de la City est interviewé : « imaginez un peu la pagaille, si le réseau n’avait pas pu être opérationnel ce matin ! Comment aurions-nous fait ? »

Une fois habillé, je synchronise mes vêtements avec ma nouvelle montre intelligente, dernier cadeau de Noël des enfants. Le tissu s’adapte aussitôt à ma température corporelle et à la fraîcheur de la chambre. Un régal…

Bip. Une notification de la Régie des transports autonomes. Le module privé que j’ai réservé hier soir est à ma disposition, dès maintenant, à la station la plus proche.

J’attrape ma valise cabine et quitte pour deux jours mon appartement parisien. Tous les ans, à la même période, la Direction de l’entreprise invite ses collaborateurs au siège, à Toulouse, pour préparer les missions de la nouvelle année. Sur l’invitation, la mention « avec présence physique obligatoire » avait même été soulignée deux fois. Que voulez-vous, avec la représentation par hologramme, les gens ne veulent plus se déplacer !

Le soleil n’est pas encore levé. Je remonte le boulevard d’un bon pas, pressé de m’installer confortablement dans le fauteuil club du module autonome. La station n’est pas loin. Elle se trouve à l’emplacement de l’ancien arrêt de tramway. On peut dire qu’il n’aura pas fonctionné longtemps celui-là. Entre la révolution numérique, les progrès de l’Internet des objets et l’interdiction définitive des véhicules thermiques en ville à l’horizon 2050, la mobilité urbaine avait dû être brutalement repensée. La Régie des transports autonomes avait alors proposé à la municipalité parisienne de tester leur solution innovante de comobilité à la demande. Ce fut un succès. La facilité d’accès au service (la réservation se fait en quelques clics sur Internet), la souplesse d’usage (les services sont personnalisables, moyennant supplément), les facilités offertes (enregistrement du bagage à la station jusqu’à sa destination finale à mon arrivée) et la redoutable efficacité du transport privé sans pilote de point à point (l’itinéraire s’adapte en temps réel au taux de fréquentation du service pour maximiser la vitesse moyenne des modules autonomes et garantir l’heure d’arrivée) ont su convaincre les automobilistes les plus acharnés à revendre leur voiture personnelle.

Après dix minutes de marche, j’arrive à la station. Les modules, dont l’aspect extérieur ressemble à s’y méprendre aux petites voitures du début du XXIe siècle, sont garés les uns derrière les autres. Je me dirige vers la borne principale et scanne le code-barre de ma réservation. Un appareil de dépose bagage automatique s’ouvre, j’y dépose mon bagage qui est scanné et emporté. Lorsque celle-ci se referme, la porte du module « solo » s’ouvre. Je glisse ma valise dans le coffre et m’installe confortablement sur l’unique fauteuil. Un écran me demande de valider ma destination. Aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Parfait. Le module s’engage sur la voie protégée qui lui est réservée, au centre du boulevard, et fonce au nord de la ville.

Pendant le trajet, je mange le petit-déjeuner (en option, bien évidemment) qui m’attend, soigneusement emballé, tout en pianotant sur l’écran tactile. Les rues défilent. Le module, prioritaire aux carrefours, s’engage très vite sur l’autoroute. D’autres modules m’ont rejoint. Ensemble, nous filons à vive allure vers l’aéroport, sans jamais nous toucher.

Sur l’écran, un message me demande de confirmer la validation du billet d’avion. Les données sont ensuite immédiatement envoyées à la compagnie aérienne pour faciliter mon embarquement. En retour, j’apprends sans surprise que le décollage est toujours prévu à l’heure.

Il est sept heures, passé de quelques minutes, lorsque je descends du module et pénètre dans l’aérogare. Je me dirige aussitôt vers les portiques de sécurité et appose ma main sur le lecteur d’empreintes digitales que me tend un agent assermenté. Mes données s’affichent. Il me scrute, hoche la tête et me fait signe de passer. Personne suivante !

Je repense soudain à mes premiers voyages. Je revois mes parents, les valises pleines à craquer d’objets inutiles, les mains embarrassées de papiers, anxieux tout au long du trajet. Avions-nous bien tous nos billets ? Avions-nous bien les passeports ? Et si les valises se perdaient en cours de route ?

Tout est si fluide aujourd’hui. Mais comment faisions-nous avant ?

 


Patrice BELIE
Patrice BELIE

Patrice BELIE est Directeur Général. C'est un passionné de sport et de compétition. Après des années d’entraînement intensif en sprint puis en course sur route, il pratique aujourd’hui avec assiduité l’escalade. Il aime la gestion de la cordée, la maîtrise des risques, relever des défis et toujours continuer à progresser. Il vit ses nombreuses expériences professionnelles et de loisirs à l’étranger comme des occasions de s’enrichir, de s’améliorer, grâce à la confrontation et au partage des cultures. Son gadget préféré : sa montre connectée offerte par son fils. Il ne s’en sépare plus, et au-delà de mesurer sa performance, elle lui permet de consulter discrètement ses notifications quand il est en réunion.

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