« Le problème, ce n’est pas la compétence des femmes, c’est le manque de modèles » – Naéva Measso, Responsable métier Telecoms

Par Eloïse Chatti

29 janvier 2026

Malgré les avancées législatives et sociétales, les inégalités entre les femmes et les hommes dans le monde professionnel persistent, notamment dans les secteurs dits « techniques » comme l’informatique ou les technologies, encore largement perçus comme des domaines masculins.

D’après la Grande École du Numérique, les femmes ne représentent que 24 % des effectifs dans les métiers du numérique. Ce déséquilibre s’explique en partie par des stéréotypes de genre qui influencent précocement les choix d’orientation scolaire et professionnelle. À cela s’ajoute un manque criant de modèles féminins visibles dans ces domaines, rendant difficile l’identification et la projection des jeunes filles vers ces carrières.

Pour faire avancer ce sujet et inspirer les jeunes filles, nous avons souhaité donner la parole à des femmes travaillant dans l’IT pour recueillir leurs témoignages et leur vision sur les inégalités de genre dans le monde du travail. Découvrez le retour d’expérience de Naéva Measso, Responsable métier Télécoms chez Hub One.

D’après une étude menée par CWJobs*, 73% des femmes dans l’IT déclarent avoir été inspirées par des rôles modèles féminins dans leurs choix de carrière (contre 59% des hommes).
D’après une étude menée par CWJobs*, 73% des femmes dans l’IT déclarent avoir été inspirées par des rôles modèles féminins dans leurs choix de carrière (contre 59% des hommes).

Quel est ton parcours professionnel ?


J’ai suivi un cursus en école d’ingénieur, à l’École Centrale d’Électronique, avec deux années de prépa intégrée puis trois années de spécialisation. J’ai choisi la filière réseaux et télécommunications. En dernière année, j’ai découvert que j’étais davantage attirée par le fonctionnel et la compréhension des besoins clients que par la technique pure. C’est ce qui m’a conduite vers le métier de cheffe de produit. J’ai donc complété ma formation par un MBA en marketing pour acquérir la double compétence.

Mon parcours professionnel a débuté chez un opérateur virtuel, puis j’ai effectué mon alternance chez Orange. Malgré six années d’études et deux diplômes, j’ai mis plus de six mois à trouver mon premier poste ! Par la suite, j’ai occupé des postes dans les télécoms, dans une start-up, dans l’énergie, puis chez Hub One, où je travaille depuis 2016. Aujourd’hui, j’occupe un rôle de référente métier, en lien étroit avec les équipes IT.

Qu’est-ce qui t’a motivée à travailler dans l’IT ?


À l’origine, je souhaitais travailler dans les jeux vidéo, et devenir infographiste. Mais ne sachant pas dessiner, mon père m’a conseillé de me diriger vers une école d’ingénieur pour apprendre à maîtriser mon outil de travail : l’ordinateur. En cours de route, j’ai découvert d’autres possibilités et j’ai trouvé ma voie dans la gestion de produits et le marketing. L’univers IT me permettait d’allier compréhension technique et approche client, ce qui me correspondait parfaitement !

Et si on parlait maintenant des stéréotypes dans les métiers « techniques » ?


J’ai effectivement été confrontée à certains stéréotypes, parfois très marqués. Par exemple, on m’a déjà demandé pourquoi je ne portais pas de jupe pour aller voir des clients, ou fait remarquer qu’une assistante « devait être une femme, car plus organisée ». J’ai aussi entendu qu’« une femme ne peut pas être ingénieure »… Quand j’ai précisé à mon interlocuteur que j’avais un diplôme d’ingénieur, on m’a simplement répondu que j’étais « l’exception qui confirme la règle ».

Même dans les environnements moins « masculins », on remarque parfois un étonnement lorsque les femmes s’investissent dans les sujets techniques. Aujourd’hui, ces remarques, même si elles sont devenues plus rares, existent encore.

Pourquoi, selon toi, y a-t-il encore si peu de femmes dans le secteur de la tech ?


Je ne pense pas que cela soit dû à un manque d’intérêt ou de compétences. Au contraire, les majors de promotion dans les écoles d’ingénieurs sont souvent des femmes ! Pour moi, il s’agit surtout d’un héritage culturel, éducatif et social. On reste influencés par des stéréotypes dès l’enfance : les jouets, les rôles proposés, les modèles de la société…

Personnellement, je viens d’un environnement familial où mes deux parents sont ingénieurs, ce qui a sans doute facilité mon orientation vers les sciences. Mais pour beaucoup d’autres, le choix de filière est encore genré. Et l’absence de rôles modèles féminins dans les hautes sphères de la tech ne facilite pas cette identification.

Que faudrait-il mettre en place pour attirer davantage de femmes dans ces métiers ?


Il est essentiel d’agir très tôt, dès l’école primaire. Il faut déconstruire les stéréotypes de genre, notamment dans les jeux, les livres, les activités scolaires. Il faut aussi sensibiliser les parents : ce n’est pas un problème si ta fille joue aux voitures ou ton garçon, à la poupée !

Dans les entreprises, il faut valoriser les compétences de manière équitable, sans a priori liés au genre. Par exemple, ne pas présumer qu’une femme va nécessairement s’absenter pour un congé parental, après-tout, pourquoi ce ne serait pas son conjoint ? Et surtout, accompagner davantage les femmes à prendre confiance, à se mettre en avant, car elles sont souvent moins enclines à le faire spontanément. Des formations sur la prise de parole, la valorisation de soi, peuvent vraiment faire la différence.

Enfin, il est crucial de montrer que les métiers de la tech ne sont pas uniquement techniques. Il existe une diversité de fonctions autour de l’IT — marketing, UX, communication, produit — qui sont toutes aussi essentielles au bon fonctionnement d’un projet !

Un dernier conseil pour les jeunes femmes qui souhaitent s’orienter vers la tech ?


Je leur dis que tout est possible. Il ne faut pas se limiter en pensant que certains métiers ne sont pas faits pour elles. Si elles sont curieuses, motivées et qu’elles ont envie d’apprendre, elles peuvent tout à fait réussir dans ces domaines.

Et un conseil plus concret : privilégier l’alternance. Cela permet de se confronter rapidement à la réalité du terrain, de monter en compétence, et c’est aujourd’hui bien plus valorisé par les recruteurs !

Eloïse Chatti
Eloïse Chatti
Eloïse est Chef de produit réseaux & sécurité chez Hub One. Quand elle ne s'immerge pas dans les méandres de la technologie, Eloïse explore le monde, des rues pavées de l'Europe aux sentiers lointains des États-Unis, du Canada et du Brésil, où elle a même bravé la forêt amazonienne. Animée par une curiosité insatiable, elle aime découvrir les cultures locales et déguster leurs spécialités culinaires tout en se plongeant dans l'histoire de chaque pays qu'elle visite. Côté technologie, c'est son fidèle iPhone qui l'accompagne partout, gardant le lien avec ses proches et regroupant toutes ses applications préférées
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