“Les femmes ont leur place dans l’univers technologique” – Dominique Valentiny, entrepreneure dans la tech
22 janvier 2026
Si les mentalités évoluent, les inégalités entre femmes et hommes restent marquées dans les métiers techniques, notamment dans le numérique, où les femmes restent largement minoritaires.
Elles ne représentent aujourd’hui que 24 % des effectifs*, un écart qui s’explique par des stéréotypes persistants dès l’orientation scolaire, mais aussi par le manque de figures féminines visibles dans ces secteurs.
Pour contribuer à changer les regards et encourager les vocations, nous avons recueilli la parole de professionnelles de l’IT, qui partagent leurs parcours et leur vision des enjeux liés au genre dans le monde du travail. Découvrez le témoignage de Dominique Valentiny, ancienne directrice générale d’ADP Télécom (désormais Hub One) et entrepreneure dans la tech.
D’ingénieure à directrice générale d’ADP Télécom
Dominique Valentiny commence sa carrière en 1989, en rejoignant France Télécom en tant qu’ingénieure. À l’époque, elle est chargée du développement de Radiocom 2000, l’ancêtre du mobile actuel. Un moment marquant de sa carrière qu’elle nous raconte : « Nous avons déployé des antennes dans les Alpes pour les Jeux Olympiques d’hiver de 1992. C’était un beau défi. », confie-t-elle.
Après cette expérience, elle poursuit un MBA aux États-Unis, soutenu par son employeur de l’époque, et revient en France pour occuper des fonctions commerciales et stratégiques. Elle devient directrice commerciale régionale, puis directrice internationale de la division grands comptes chez France Télécom. Son rôle s’étoffe et elle évolue vers des responsabilités internationales, notamment au sein de France Télécom Mobile, où elle participe au déploiement de réseaux mobiles à l’étranger.
En 2001, elle rejoint le groupe Aéroport de Paris, où elle prend la direction générale d’ADP Télécom, l’opérateur télécom d’Aéroport de Paris. Une activité qu’elle externalise : « Il a fallu recréer une équipe, définir une culture d’entreprise et développer l’activité au-delà des plateformes aéroportuaires. C’était passionnant ! », raconte-t-elle. ADP Télécom deviendra en 2005 Hub Télécom, puis Hub One en 2009.
Sa carrière prend ensuite une nouvelle direction en 2011, lorsqu’elle se lance dans l’entrepreneuriat en cofondant Skysites Americas. Après deux levées de fonds, l’entreprise est vendue en 2015. Forte de son expérience, Dominique Valentiny consacre désormais son temps à l’investissement et à l’accompagnement de jeunes pousses.
Une passion pour les sciences dès la jeunesse
L’orientation de Dominique vers le monde de la tech s’explique en partie par sa passion pour les sciences et les mathématiques, des matières qu’elle a toujours aimées. Cependant dans les années 80, les stéréotypes ont la vie dure, surtout dans les écoles privées de filles où Dominique a passé sa scolarité : « J’étais bonne en maths, mais au collège on me disait que des études de littérature ou d’histoire seraient certainement plus adaptées pour moi… mais j’aimais les matières scientifiques », se souvient-elle.
Issue d’une famille d’ingénieurs, poussée par son père, elle suit alors sa voie et intègre l’Ecole Polytechnique puis Télécom Paris après une prépa scientifique : « Les télécoms étaient un secteur en pleine croissance, avec beaucoup d’innovations, et le GSM se développait. C’était un domaine passionnant, surtout à l’époque où Internet n’était pas encore là et où le Minitel français impressionnait le monde », explique-t-elle.
Évoluer dans un univers de stéréotypes
Dominique ne le cache pas, elle a majoritairement évolué dans un univers masculin, marqué par des stéréotypes bien ancrés. Lors de notre entretien, elle nous rappelle que les femmes n’ont été admises à Polytechnique que depuis une cinquantaine d’années, soit depuis 1972 : « cette année-là, une femme, Anne Chopinet, entre major de sa promotion, interviewée à la télévision le journaliste lui demande « êtes-vous frivole ? ». Est-ce qu’on aurait posé ce genre de questions à un homme ? », poursuit-elle, avant d’évoquer un sujet plus personnel : « quand j’ai pris mes fonctions internationales, on m’a dit : « mais vous avez trois enfants, comment allez-vous faire ? » Je répondais : « Nous sommes sept à la maison. Quatre grands-parents, deux parents et une nounou. On gère ! » ».
Même si elle observe que le fait d’être une femme n’a pas freiné sa carrière, Dominique ressent à quelques moments un certain isolement : « La difficulté, quand on est le seul représentant d’une minorité, c’est qu’on ne vous perçoit pas toujours pour ce que vous êtes, mais comme le porte-parole de cette minorité. Dans mon cas, c’était souvent « la femme » qui parlait, et non l’experte. ».
Démystifier les métiers techniques
Dominique estime que la clé réside dans l’éducation précoce. « Il faut commencer dès le primaire, faire des expériences scientifiques avec les enfants, leur montrer que les sciences sont accessibles à tous », suggère-t-elle. Elle insiste également sur la nécessité de démystifier les métiers techniques : « les filles doivent comprendre qu’elles peuvent avoir de l’ambition, et qu’elles ont leur place dans l’univers technologique », ajoute-t-elle.
Elle établit également un parallèle avec l’univers de la « femtech », un secteur technologique qui vise à améliorer la santé des femmes : « les technologies médicales ont longtemps été testées uniquement sur des hommes, ce qui a conduit à des lacunes importantes dans notre compréhension des spécificités féminines. Les technologies de l’Information sont un domaine passionnant dans lequel les femmes peuvent réellement faire une différence », conclut-elle.
Sources : (1) - https://www.education.gouv.fr/filles-et-garcons-sur-le-chemin-de-l-egalite-de-l-ecole-l-enseignement-superieur-edition-2024-413799 (2) - Anne Chopinet - Première femme à Polytechnique
