Faut-il attendre la 5G ?
21 juin 2016

Analyse

Faut-il attendre la 5G ?

Les travaux préliminaires sur la 4G avaient débuté avant même que ne soit commercialisé le premier smartphone de la marque à la pomme ! Développer une nouvelle norme de télécommunications est en effet très long, jusqu’à 10 ans, et le déploiement effectif sur le territoire prend du temps et de l’argent ! La dernière norme mobile en date, la 4G, a été déployée auprès du grand public fin 2012, mais aujourd’hui, « seulement » 22% des clients mobiles en France l’utilisent*. Mais les choses évoluent vite. Ainsi, au deuxième trimestre 2016, l’Arcep enregistrait 26,6 millions de cartes SIM actives sur le réseau 4G, soit 37% des cartes actives sur les réseaux 3G et 4G.

 Aujourd’hui, en France, le réseau 4G est encore loin d’être optimisé : certaines zones rurales sont encore mal ou pas desservies et les vitesses de connexion sont parfois loin des débits théoriques. La moyenne des opérateurs est de 21,6 mégabits par seconde (Mb/s) en débits descendants et de 5,9 Mb/s en débits montants selon l’Arcep. Ces chiffres sont révélateurs de l’écart conséquent entre les données effectivement mesurées sur le terrain et la théorie (débits supérieurs à 100 Mb/s).  

 

Que faut-il voir derrière ces chiffres ? Simplement que la 4G a encore de beaux jours devant elle, et conserve un très fort potentiel, tant pour des usages grand public que professionnels, y compris pour l’Internet des objets. Considéré comme la troisième évolution de l’Internet, l’Internet des objets ouvre une nouvelle ère industrielle estimée à plus de 50 milliards d’appareils et autres objets connectés dans le monde d’ici 2020**. Les travaux de normalisation du réseau 4G pour  l’Internet des Objets devrait être opérationnel courant 2017, et pour la 5G d’ici à 2022***. L’un des enjeux de la future 5G consistera à faciliter l’intégration et l’interopérabilité, pour obtenir une communication fluide entre des objets très différents. 

 

Contrairement aux normes précédentes (3G et 4G) qui entendaient principalement améliorer les débits offerts en mobilité, la 5G sera une norme transverse, qui visera à adresser une large diversité de problématiques de connectivité : 

– améliorer les débits en situation fixe (en arbitrant, voire agrégeant, les ressources disponibles entre les différents réseaux accessibles, 4G et Wifi par exemple), 

– permettre le déploiement de réseaux de capteurs intelligents (Internet des objets, avec des contraintes en termes de débits et d’énergie différentes des terminaux mobiles).

– Etudier les conditions d’utilisation des bandes de fréquences dites « millimétriques », entre 6 GHz et 100 GHz. Ces fréquences très hautes sont encore inutilisées par les réseaux mobiles actuels et représentent un enjeu majeur pour atteindre les objectifs de performance attendus par la 5G,

– Obtenir un temps de latence de moins d’une milliseconde, contre 50ms pour la 4G, pour favoriser l’émergence de nouveaux usages (les voitures connectées par exemple),

– Assurer la robustesse des communications, la fiabilité et une latence faible sont absolument critiques pour des applications de contrôle/commande, tactiques ou de surveillance/alarme, 

 

Mais la 5G ne verra pas le jour avant 2020, et comme pour la 4G, son déploiement prendra des années. Pour autant, faut-il attendre la 5G pour gérer au mieux l’Internet des Objets et les besoins des clients ?  ou la 4G LTE peut-elle satisfaire le niveau d’exigence actuel ? 

 

Les solutions technologiques ne manquent pas : Qowisio, SigFox****, LoRaWAN*****  par exemple. D’ailleurs, la norme LoRaWAN vient de réussir à fédérer de nombreux acteurs IT autour de la « LoRa Alliance », un consortium de professionnels à but non lucratif destiné à faire émerger l’Internet des objets. L’objectif est de permettre l’interopérabilité des réseaux de communication pour des objets connectés, et de mieux anticiper et répondre aux besoins émergents des professionnels. La start-up Matooma vient par ailleurs d’annoncer la disponibilité d’une solution permettant d’interconnecter tous les réseaux et notamment d’envoyer un signal à un objet connecté pour le rallumer ou lui demander d’effectuer une action simple. 

 

Les potentiels techniques et les nombreux usages présentés par l’Internet des objets ne sont plus à prouver désormais, alors même que les modèles restent à valider. 

 

D’ici à la 5G, il reste donc bien mieux à faire qu’attendre ! 

 

1 L’Expansion

2 Cisco

3 Orange

4 Sigfox et Qowisio sont des technologies concurrentes de LoRaWAN

5 LoRaWAN : Long Range Wide-area network – réseau étendu à longue portée qui propose une communication à bas débit d’objets émettant et connectés à Internet via des passerelles, participant ainsi à l’Internet des Objets, les réseaux machine-à-machine (M2M) et aux villes intelligentes.

 

 


Bertrand LAURIOZ
Bertrand LAURIOZ

Directeur BU Télécom

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