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En 2025, l’intelligence artificielle sera bien plus qu’un joueur de go !

Quelle sera notre vie dans dix ans ? Quelles seront demain les perspectives économiques et sociétales des pays européens ? Dans quels domaines des nouvelles technologies verrons-nous les plus grands changements ? Rencontre avec Jean-Dominique SEVAL, Directeur général Adjoint de IDATE Digiworld, et auteur du livre Vous êtes déjà en 2025, paru en 2016 aux Editions Multimédi@.


Bonjour M. SEVAL,

Votre livre Vous êtes déjà en 2025 compile des chroniques que vous avez écrites en imaginant notre vie dans le monde digital de demain, pouvez-vous nous raconter la genèse de ce projet ?

C’est en fait un concours de circonstances. Je suis à la fois passionné par mon métier d’analyste au sein d’idate DigiWorld, où j’étudie les tendances des technologies de l’information du point de vue de l’économiste, et féru d’Histoire ancienne et de Science-Fiction. L’idée des chroniques est venue de Charles de Laubier, journaliste et Rédacteur en chef de la revue Édition Multimédi@. Il souhaitait intégrer dans sa revue des textes courts qui traiteraient des nouvelles technologies sous l’angle de la prospective. Lors du lancement, il m’a demandé si je pouvais lui écrire une chronique tous les quinze jours. Tout est parti de là.

 

Pourquoi avoir fait le choix d’écrire vos chroniques sous la forme d’une nouvelle ?

Pourquoi pas ? Je me suis rendu compte qu’entre professionnels du même secteur, nous adoptions un discours très technique, parfois même ésotérique, lorsque nous présentons nos rapports, nos études ou nos analyses sur les tendances des nouvelles technologies. Or notre public a fortement évolué ces dernières années. Nous avons de plus en plus l’occasion de rencontrer des professionnels de secteurs en pleine mutation numérique, comme le tourisme, la santé ou l’agriculture, et de diffuser les résultats de nos études à un plus large public. Il est donc impératif pour nous d’adapter notre langage au plus grand nombre pour faciliter le transfert de connaissances. Le choix de rédiger des chroniques sous la forme d’un récit m’a permis de m’affranchir des nécessaires prudences qu’implique un travail plus rigoureux, de gagner en liberté de ton et de forcer un peu le trait pour imaginer ce que pourrait être notre quotidien en 2025. 

 

Pourquoi l’année 2025 ?

Tout simplement parce que, lorsque j’ai commencé l’écriture des chroniques, 2025 était à un peu plus de dix ans devant moi. Et puis, quand on fait de la prospective la décennie est une période intéressante pour ce type d’exercice. 2020 est beaucoup trop proche pour observer des tendances de fond et si je mets le curseur à vingt ou trente ans, il est difficile d’étudier l’impact des tendances avec les connaissances d’aujourd’hui. 2025 est donc une date idéale.

 

Avec du recul, cela paraît fou de se dire que le monde d’aujourd’hui va fondamentalement changer en l’espace de dix ans…

Alors, oui et non, car certains changements sont là et font déjà partie de nos habitudes. La VOD par exemple, les prospectivistes en parlent depuis au moins trente ans, alors que c’est seulement aujourd’hui qu’elle entre dans nos usages. Lorsque je parlais, il y a dix ans, de l’accès aux programmes de télévision comme à une bibliothèque de contenus, les gens ouvraient de grands yeux ! Maintenant, c’est devenu une évidence. A contrario, certains sujets comme la robotique ou l’intelligence artificielle sont encore très ouverts et n’ont pas de référents aujourd’hui.

 

Dans de nombreuses chroniques, vous montrez bien comment certaines technologies ont été imaginées dans les années 50, 60 ou 70…

Les timings d’arrivée des technologies sont effectivement très variables. Autant nous n’avons pas vu arriver l’émergence des réseaux sociaux, autant la domotique (pour reprendre l’ancien terme), nous en parlons depuis les années 70 sans qu’elle n’ait jamais vraiment percé. C’est cela qui rend le sujet des technologies de l’information si passionnant. Certaines technologies sont très anciennes et attendent, comme des graines dans le désert, que toutes les conditions soient réunies pour germer. D’autres restent en gestation. Saviez-vous que la Smart Watch était apparue dans des récits de Science-Fiction des années 50 ? Ce que je veux dire, c’est que l’émergence des technologies ne dépend pas seulement des ingénieurs. Il faut que la réglementation et la chaîne de valeur évoluent, que les mœurs et les usages soient suffisamment matures pour accepter le changement… Prenez le paiement sans contact, le paiement universel par mobile. On commence tout juste à voir les premiers développements arriver, mais cela fait plus de dix ans qu’on en parle. Dans les années 2000, les opérateurs télécom étaient prêts à mettre en place cette technologie sur les appareils mobiles de 2ème ou 3ème génération. Quinze ans après, le marché semble prêt à l’accepter.

 

Dans vos récits, vous n’êtes pas tendre avec les pays européens. Comment expliquez-vous le retard à l’allumage de l’Europe numérique ?

L’Europe est dans un paradoxe cruel. Nous sommes le premier marché mondial en termes d’intérêt, d’usages et de niveau de vie, mais nous avons en grande partie perdu la maîtrise des nouvelles technologies actuelles en perdant nos grands champions. Les Américains qui étaient en retard dans les années 90 – 2000 sur les mobiles sont revenus au premier plan grâce à la marque Apple ou le succès d’Androïd. Les pays d’Asie se sont également emparés de nombreuses parts de marché. L’Europe s’est retrouvée coincée au milieu. C’est un constat cruel, mais que tout le monde fait aujourd’hui. Après, la question est de savoir comment les Européens peuvent revenir dans la partie. Il y a de l’espoir. On peut se dire que l’on peut rebondir sur le nouvel Internet, celui des objets, là où tout est encore ouvert. On a des ingénieurs brillantissimes en France qui sont aux avant-postes, mais est-ce qu’on va être capable de générer de grandes plates-formes de services, des géants à l’échelle européenne et mondiale ? Le retour des pays européens est attendu, mais il n’est pas encore certain.

 

D’après votre expérience à l’étranger, avez-vous constaté des écarts entre les usages des différents pays ?

Oui, il y en a toujours. Cela s’explique par les différences culturelles et la façon dont les technologies se sont développées. On trouve les usages les plus innovants au Japon et en Corée. Tout n’est pas transférable, mais le fait qu’ils soient déjà équipés en très haut débit, fixe et mobile, en fibre optique et en 4G (ils sont d’ailleurs déjà en train de penser à la 5G) fait de ces pays des laboratoires extrêmement fertiles. Il y a aussi des écarts en Europe, entre les pays du Sud et les pays du Nord notamment. La Suède, par exemple, a une grosse appétence pour les technologies. Je pense à la télémédecine et à la visioconférence qui sont complètement probantes dans ce pays, alors qu’en France nous sommes encore en train de nous poser la question de leur utilité. D’un autre côté, on trouve de grandes constantes à l’échelle internationale, du fait de la mondialisation. Tout le monde veut avoir un iPhone, par exemple. Plus récemment, ce phénomène s’est aussi déplacé sur les services. Netflix se déploie ainsi partout et ne semble rencontrer aucun frein. Un très grand nombre consommera finalement le même service au même moment.

 

Vous balayez tous les domaines de la vie personnelle et professionnelle en vous appuyant sur les recherches de vos collègues d’IDATE DigiWorld. Quelles sont les deux évolutions qui vous enthousiasment le plus ?

Une qui me passionne à titre personnel est celle qui concerne la mémoire, parce qu’elle traverse toute l’humanité, quelles que soient les époques. Ce n’est pas forcément spectaculaire, mais je trouve que c’est un symbole de ce que produit le numérique que de voir que pendant des générations les hommes qui n’avaient pas accès aux livres faisaient des efforts démesurés pour mémoriser le savoir. Aujourd’hui, au XXIe siècle, il n’y a plus que les acteurs ou les comédiens qui font ces efforts de mémorisation. A l’avenir, c’est un peu fou de penser que toute notre vie sera sans doute numérisée dans le Cloud et nos terminaux devenus invisibles. Qu’en sera-t-il de notre mémoire dans le futur ?

Le deuxième sujet fascinant est celui de l’intelligence artificielle. Je l’ai beaucoup étudié dans les années 90 – 2000, mais cela concernait à l’époque que des industries de pointe. Aujourd’hui, grâce aux géants de l’Internet qui investissent massivement dans le sujet, on s’aperçoit que les usages sont en train de se banaliser. Il y a quelques semaines, le champion du monde de go était battu par un super programme, vingt ans après la défaite de G. Kasparov aux échecs contre Deeper Blue. Et nous n’en sommes qu’au tout début de la révolution de l’intelligence artificielle, c’est proprement étourdissant.

 

 

Les évolutions des technologies et des usages changent les rapports de force entre les différents acteurs des TIC. Au regard des dernières tendances marché, quels conseils donneriez-vous aux opérateurs Télécom ?

Les opérateurs télécom ont la chance d’être opérateur de réseaux et, pour le moment, on n’a jamais trouvé mieux que les réseaux fixes ou mobiles pour transporter l’Internet ou les communications. Leur métier de base est une pépite qu’ils doivent soigneusement entretenir. Par contre, les opérateurs traditionnels sont malmenés sur les services. De plus en plus de services à valeur ajoutée sont en effet capturés par des concurrents, à l’instar de la voix par exemple. Les services over-the-top, qui transitent sur les réseaux des opérateurs, s’affranchissent aujourd’hui de la facturation. C’est un vrai débat qui pousse les opérateurs à se réinventer. À idate DigiWorld, nous identifions plusieurs pistes de développement : les opérateurs télécom peuvent se  développer à l’international, mais ils peuvent également devenir des acteurs-clés de la transformation numérique de l’économie. L’enjeu est de savoir comment ils vont pouvoir accompagner leurs clients (et jusqu’où) en créant des services innovants à valeur ajoutée. Là, c’est une vraie question. Ils peuvent être des acteurs clés de la e-Santé, de l’automobile, de l’Internet des Objets… mais ils ne seront pas les seuls sur le marché.

 

Dans les dix prochaines années, comment voyez-vous l’évolution de la mobilité et des terminaux en milieux professionnels ?

Ce que nous avons appris de la période récente, c’est qu’il y a un très fort rapprochement entre les usages à domicile et les usages professionnels. Longtemps il y a eu une séparation entre la sphère privée et la sphère professionnelle, mais aujourd’hui cette frontière est de plus en plus perméable. Cela a des répercussions sociologiques sur le travail, sur l’organisation des entreprises et sur la question des outils. Sur ce point, les entreprises ont été un peu frileuses ces dernières années. Les Directions informatiques se sont retrouvées à devoir coacher des équipes qui utilisaient leur matériel personnel pour pallier le retard ou le sous-équipement de leur entreprise. Aujourd’hui, la tendance commence à s’inverser, notamment grâce à la disponibilité de services facilement disponibles dans le cloud.

 

De plus, le poste de travail devenant mobile renforce la continuité entre le domicile et l’entreprise. C’est peut-être la caractéristique la plus forte dont on n’a pas encore tiré tous les enseignements. En France, où les adaptations prennent souvent plus de temps, nous avons le sentiment que  que les nouvelles générations vont accélérer l’adoption de nouvelles habitudes, avec des outils très souples, très simples, pas forcément high-tech, parfois low-cost, et très collaboratifs. Nous en avons bien pour dix ans à tout digérer et à en voir les conséquences.

 

BIO :

Économiste et passionné tout autant par les sciences humaines que par les transformations de nos sociétés par les technologies, Jean-Dominique SEVAL est diplômé de l’Université Paris IX-Dauphine (DEA en Sciences des Organisation – 1986). Il a passé plus de 15 ans dans les métiers du conseil auprès des sociétés XERFI-PRECEPTA (Directeur d’études) et BIPE Conseil (Directeur du département technologies de l’information) avant de rejoindre idate DigiWorld. Aujourd’hui, Jean-Dominique SEVAL est Directeur général Adjoint d’IDATE Digiworld.

Directeur Communication Externe et Marketing Opérationnel
Martial DELPUECH est Directeur Communication Externe chez Hub One. Dans la vie, il est passionné par les arts vivants comme le théâtre, l’opéra et la danse contemporaine. Il est fan de Sidi Larbi Cherkaoui qui représente à lui seul, un symbole de tolérance par le mélange des cultures, et Benjamin Millepied, qui symbolise la rigueur nécessaire pour pouvoir exprimer pleinement son talent. Son gadget technologique préféré : le web. C’est un vrai « internet addict » qui se connecte sur l’un de ses 3 ordinateurs, 2 tablettes ou son smartphone. Et pourtant ce n’est pas un tech !
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